__Je vois pas le rapport avec le printemps là...
__Attends. Le printemps, les petits oiseaux qui se chamaillent dans les bourgeons des peupliers. La nuit, les matous qui font un raffut d'enfer, les canards qui coursent les canardes au-dessus de la Seine et puis les amoureux. Me dis pas que tu les vois pas les amoureux, y'en a partout. Des baisers qui n'en finissent pas avec beaucoup de salive, la trique sous les blue-jeans, les mains qui se baladent et les bancs tous occupés.
__Ca me rend dingue. C'est tout.
__T'es jalouse? T'es en manque?
__Moi? Jalouse? En manque? Nonononon, voyons... tu plaisante.
__(...)
__Pffffff, n'importequoi. Manquerait plus que je sois jalouse de ces petits cons qui fatiguent tout le monde avec leur désir. N'importequoi.
__(...)
__Mais si je suis jalouse!!! Ca se voit pas peut-être? Tu veux des lunettes? Tu le vois pas que je suis jalouse, tellement j'en crève, tu vois pas que je manque d'amoûoûoûrrrrr.
__Tu vois pas ça? Eh ben, je me demande ce qu'il te faut...
__Je ressembre à un personnage de Bretécher: une fille assise sur un banc avec une pancarte autour du cou : "je veux de l'amour" et deslarmes qui jaillissent comme deux fontaines de chaque côté des yeux. Je m'y vois. Tu parles d'un tableau.
____[...]
__Ma soeur me sert un gin-tonic sans Schweppes et me dit:
__- Qu'est ce qui tourne pas rond?
__Alors moi je lui raconte. Mais sans trop y croire parce que ma soeur est assez nulle comme conseillère psychologique.
__Je lui dis que mon coeur est comme une grand sac vide, le sac, il est costaud, y pourrait contenir un souk pas possible et pourtant, y'a rien dedans.
__Je dis un sac, je ne parle pas des petits pochons minables de supermarché qui craquent tout le temps, non. Mon sac... enfin comme je l'imagine... y ressemblerait plutôt à ces gros machins carrés, rayés blanc et bleu que les Grosses Mamas noires portent sur leur tête du côté Barbès...
__- Eh ben... on n'est pas dans la merde, me dit ma soeur en nous resservant un verre.